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Agrochimie contre les pollinisateurs
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Agrochimie contre les pollinisateurs
Pollinis
ONG indépendante qui milite pour la protection des abeilles domestiques et sauvages, et pour une agriculture qui respecte tous les pollinisateurs
Le SCoPAFF et lâagrochimie contre les abeilles : histoire dâun scandale europĂ©en
Chapitre 1 (2011 - 2013)
Lâagrochimie contre les abeilles
Des nĂ©onicotinoĂŻdes Ă lâĂ©valuation des risques des pesticides sur les abeilles : l'histoire d'une rĂ©cidive de l'industrie agrochimique europĂ©enne.
En Europe en 2011, alors que commence notre histoire, les colonies dâabeilles Ă miel subissent depuis quinze ans des phĂ©nomĂšnes dâeffondrements dramatiques. Sous les projecteurs de lâUnion europĂ©enne, une classe dâinsecticides particuliĂšrement toxiques pour les pollinisateurs : les substances nĂ©onicotinoĂŻdes, dont plusieurs font dĂ©jĂ lâobjet de restrictions en France.
Les molĂ©cules de cette classe de pesticides deviennent un enjeu public majeur, quand un projet de nouveaux « tests abeilles » Ă©merge. PortĂ©s par lâEFSA, lâautoritĂ© sanitaire europĂ©enne, il sâagit de nouveaux protocoles dâĂ©valuation des risques des pesticides, qui ont justement permis de dĂ©montrer la toxicitĂ© de plusieurs nĂ©onicotinoĂŻdes et qui doivent ĂȘtre appliquĂ©s plus largement afin de mieux Ă©valuer les effets de chaque substance active, dans chaque pesticide, sur les abeilles mellifĂšres, les bourdons et les abeilles sauvages. Lâenjeu : pouvoir interdire les produits qui participent Ă lâeffondrement des pollinisateurs.
Pour ce faire, les nouveaux « tests abeilles » devront dâabord ĂȘtre validĂ©s par le SCoPAFF, ou « ComitĂ© permanent des vĂ©gĂ©taux, des animaux, des denrĂ©es alimentaires et de lâalimentation animale » en français, qui, prĂ©sidĂ© par la Commission europĂ©enne, rĂ©unit des reprĂ©sentants des Ătats membres de lâUnion europĂ©enne. Lâindustrie se dressera contre ce projet de protection des abeilles avant mĂȘme sa soumission et elle trouvera, tout au long des nĂ©gociations qui suivront, des soutiens au sein du SCoPAFF qui empĂȘchera sa mise en place.
Cette enquĂȘte en trois volets se base sur lâanalyse dâun ensemble de documents de lâagrochimie et de 78 Ă©changes dâemails du SCoPAFF que POLLINIS a obtenus de la Commission europĂ©enne grĂące Ă une bataille juridique toujours en cours. Le premier article expose la façon dont, aprĂšs avoir tout fait pour sauver les nĂ©onicotinoĂŻdes, lâindustrie a cherchĂ© Ă empĂȘcher la publication des nouveaux protocoles rĂ©unis dans lâEFSA Bee Guidance Document 2013, se prĂ©sentant en protectrice des pollinisateurs tout en semant le doute sur les causes de leur effondrement. En toute bonne foi, cela va sans dire.
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NĂ©onicotinoĂŻdes : lâinquiĂ©tude monte
Les premiers tĂ©moignages faisant Ă©tat dâun affaiblissement et dâune mortalitĂ© inhabituelle des colonies dâabeilles ont Ă©mergĂ© Ă la fin des annĂ©es 90 en France1. GrĂące Ă lâalerte des apiculteurs, le rĂŽle des pesticides dans cette situation, et en particulier celui des nĂ©onicotinoĂŻdes, arrive rapidement sur le devant de la scĂšne. DĂšs 1999, un moratoire sur le Gaucho avait suspendu son utilisation sur les semences de tournesol. Cet insecticide Ă base dâimidaclopride2, molĂ©cule de cette famille, est alors fabriquĂ© par Bayer, le futur heureux acquĂ©reur de Monsanto. Cette suspension a Ă©tĂ© complĂ©tĂ©e par une interdiction sur les semences de maĂŻs en 2004. Et en 2011, alors que la situation dâApis mellifera sâĂ©tiole, câest lâensemble des nĂ©onicotinoĂŻdes qui sont pointĂ©s du doigt.
Voyant grossir la colĂšre des apiculteurs et des citoyens inquiets pour la biodiversitĂ©, lâindustrie de lâagrochimie Ă©chafaude un plan dâattaque. La stratĂ©gie que dĂ©ploient ces multinationales ou leur principal reprĂ©sentant Ă Bruxelles, lâECPA3, sâappuie alors sur trois piliers : une supposĂ©e expertise, du greenwashing4 et⊠tiercĂ© gagnant, une stratĂ©gie du doute. PremiĂšre cible, les dĂ©cideurs europĂ©ens. La seconde, grĂące Ă des outils de communication plus larges comme un site dĂ©diĂ©, le grand public.
Pour construire son image dâexperte de la pollinisation, lâindustrie organise notamment des Ă©vĂšnements au sein dâune des principales institutions europĂ©ennes. Au Parlement, le 28 juin 2011, lâECPA organise ainsi une confĂ©rence intitulĂ©e « pollinisateurs et agriculture en Europe », suivie â naturellement â dâun cocktail. Les diffĂ©rentes prises de parole insistent sur lâimportance cruciale des pollinisateurs et la nĂ©cessitĂ© de mener davantage de recherches sur « les raisons qui entraĂźnent des changements de population de pollinisateurs », une autre maniĂšre de parler de lâeffondrement de colonies dâabeilles⊠Vous avez dit euphĂ©misme ?
« La collaboration de toutes les parties prenantes est vitale pour assurer un succĂšs » â Friedhelm Schmider, ECPA
Friedhelm Schmider, alors directeur gĂ©nĂ©ral de lâECPA, conclura lâĂ©vĂšnement dâune formule pour le moins rĂ©vĂ©latrice, en anglais dans le texte : « Aujourdâhui, nous avons observĂ© un large consensus sur des problĂšmes urgents pour lâagriculture europĂ©enne et la prĂ©servation, non seulement des pollinisateurs, mais aussi de la biodiversitĂ© en gĂ©nĂ©ral. Câest rassurant de voir que nous allons tous dans la bonne direction. La recherche continue sur les raisons des changements de populations de pollinisateurs nous permettra dâacquĂ©rir des connaissances nĂ©cessaires pour assurer une agriculture durable et un paysage europĂ©en bĂ©nĂ©fique pour la biodiversitĂ© et la maintenance des services Ă©cosystĂ©miques. La collaboration de toutes les parties prenantes est vitale pour assurer un succĂšs. ».
Dans ce discours tenu au sein du Parlement europĂ©en, le lobby de lâagrochimie insiste sur la nĂ©cessitĂ© pour tous les acteurs de travailler ensemble, en partant de ce que lâindustrie dĂ©crit comme un consensus, se positionnant ainsi parmi les porteurs de solutions. Parlant de « raisons » et de « problĂšmes » â toujours au pluriel â et persistant sur la nĂ©cessitĂ© de mener davantage de recherches, lâECPA insiste sur la pluralitĂ© pourtant relative des causes de lâeffondrement des populations dâabeilles. Le lobby tente ainsi de brouiller les pistes et dâocculter la centralitĂ© des pratiques agricoles industrielles dans la chute du nombre dâinsectes5, tout en disqualifiant dâoffice les critiques qui chercheraient Ă la mettre Ă lâĂ©cart des politiques portant sur les pollinisateurs.
1MortalitĂ©s, effondrements et affaiblissements des colonies dâabeilles â afssa (Anses), 2008
Lien
2Cette substance, alors utilisée en France depuis 1994, est 7000 fois plus toxique que le DDT.
Pisa, L.W., Amaral-Rogers, V., Belzunces, L.P. et al. Effects of neonicotinoids and fipronil on non-target invertebrates. Environ Sci Pollut Res 22, 68â102 (2015).
3La European Crop Protection Association, ou Association EuropĂ©enne de Protection des Cultures en français, aujourdâhui rebaptisĂ© Croplife Europe, reprĂ©sente de nombreuses entreprises de lâagrochimie auprĂšs des dĂ©cideurs et des institutions europĂ©ennes, et notamment les quatre gĂ©ants Bayer-Monsanto, Syngenta-Chemchina, BASF et Corteva.4Le greenwashing, ou Ă©coblanchiment, est la tentative dâune organisation de se montrer plus respectueuse de lâenvironnement quâelle ne lâest vraiment.5
Outhwaite, C.L., McCann, P. & Newbold, T. Agriculture and climate change are reshaping insect biodiversity worldwide. Nature 605, 97â102 (2022).
Photo d'un parterre de fleurs déposé par le lobby de l'agrochimie devant le parlement européen
En juin 2012, un parterre de fleurs de plus de 500m2 représentant une abeille, accueillait les députés européens pour la Semaine européenne des abeilles et de la pollinisation. Crédit : Corporate Europe
Un an plus tard, en juin 2012, câest BASF, entreprise chimique allemande, qui organise un Ă©vĂ©nement sur les pollinisateurs au Parlement europĂ©en. DocumentĂ©e par Corporate Europe, ONG basĂ©e Ă Bruxelles et observant les activitĂ©s des lobbys en Europe, cette confĂ©rence propose aux invitĂ©s de dĂ©guster des miels et dâĂ©changer avec des apiculteurs. Un parterre fleuri recouvre par ailleurs le hall du Parlement pour lâoccasion. Sur lâinvitation Ă cette « Semaine europĂ©enne des abeilles et de la pollinisation », on distingue, aux cĂŽtĂ©s de BASF, les logos du programme des Nations Unis pour lâEnvironnement et de la Bees Biodiversity Network. Se prĂ©sentant comme un collectif dâapiculteurs, cette organisation tient en partie son budget de⊠BASF qui, philanthropie oblige, accepta, par lâintermĂ©diaire dâune salariĂ©e, dâenregistrer le nom de domaine du site internet du rĂ©seau (www.bees-biodiversity-network.org, aujourdâhui hors ligne).
« Lâusage incorrect des pesticides ne devrait pas gĂ©nĂ©rer de doutes gĂ©nĂ©raux sur la sĂ©curitĂ© des produits de protection des cultures » â ECPA, Pollination Station
Lâinfluence du lobby de lâagrochimie ne sâarrĂȘte pas aux portes du Parlement europĂ©en. Pour diffuser plus largement son discours, lâECPA lance un site internet sur la pollinisation en 2012 : Pollination Station, bringing you the information you need to make a difference6. JusquâĂ sa mise hors ligne en 2017, ce site internet sert lui aussi au lobby pour se positionner comme producteur de savoirs et de solutions sur le sujet. Il y minimise lâampleur de lâeffondrement des pollinisateurs et sĂšme le doute sur les raisons de cette catastrophe, relativisant le rĂŽle des pesticides.
Ainsi peut-on lire sur une page titrĂ©e « Pourquoi des informations alertent sur le dĂ©clin des abeilles ? », que le problĂšme serait multifactoriel, tout en Ă©tant principalement liĂ© au Varroa destructor, petit acarien parasite des colonies dâabeilles vĂ©hiculant des maladies et affaiblissant les essaims. Les pesticides y sont prĂ©sentĂ©s comme pouvant ĂȘtre localement problĂ©matiques en cas de mĂ©susage : « lâusage incorrect des pesticides ne devrait pas gĂ©nĂ©rer de doutes gĂ©nĂ©raux sur la sĂ©curitĂ© des produits de protection des cultures. Certains pesticides, en particulier les insecticides, peuvent tuer les abeilles sâils ne sont pas utilisĂ©s dans le respect des instructions. »
6En français : Pollination Station, vous apporter les informations dont vous avez besoin pour faire la différence.
Extrait du site Polination Station lancé par l'ECPA, le lobby de l'agrochimie en europe
« Des pertes localisĂ©es dâabeilles ont parfois eu lieu Ă cause dâusages incorrects de pesticides. » Capture dâĂ©cran du site www.pollination-station.eu le 09 avril 2014 (source : web.archive.org)
Sur une autre page traitant des pesticides, lâECPA encense la rĂ©gulation en place au niveau europĂ©en, rappelant que selon la rĂ©gulation europĂ©enne No.1107/2009, un pesticide ne peut ĂȘtre approuvĂ© que sâil « nâaura pas dâeffets inacceptables aigus ou chroniques sur la survie et le dĂ©veloppement des colonies, compte tenu des effets sur les larves dâabeilles et le comportement des abeilles ». Mais faute de document guide Ă jour sur la mĂ©thodologie dâĂ©valuation de ces effets, ce rĂšglement, protecteur sur le papier, a bel et bien permis la mise sur le marchĂ© des nĂ©onicotinoĂŻdes sans avoir correctement Ă©valuĂ© leur toxicitĂ©.
Ce sont lĂ quelques exemples seulement des multiples opĂ©rations de communication menĂ©es par les entreprises agrochimiques pour se prĂ©senter comme des actrices raisonnables, porteuses de solutions face aux « variations de population dans les colonies ». Il sâagit Ă©videmment pour elles de semer le doute sur lâampleur de lâeffondrement des populations dâabeilles et de minimiser le rĂŽle des pesticides dans cette situation, dĂ©peignant un systĂšme dâautorisation de ces produits sans faille et suffisamment protecteur des abeilles Ă miel. Circulez, rien Ă voir ! Mais ce mythe sâapprĂȘte Ă ĂȘtre fissurĂ© par lâĂ©valuation plus complĂšte des effets de la toxicitĂ© de plusieurs nĂ©onicotinoĂŻdes sur les abeilles.
PLUS DE 60 000 PERSONNES SOUTIENNENT LâACTION DE POLLINIS
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Le jour oĂč les nĂ©onicotinoĂŻdes sont devenus toxiques
En 2012, quand lâEFSA, lâautoritĂ© sanitaire europĂ©enne, mĂšne une Ă©valuation plus poussĂ©e de la toxicitĂ© de trois nĂ©onicotinoĂŻdes sur les abeilles, la clothianidine, lâimidaclopride et la thiamĂ©thoxame7, ces substances sont dĂ©jĂ utilisĂ©es depuis des annĂ©es en Europe et font parler dâelles. La troisiĂšme, utilisĂ©e notamment dans la formulation du fameux insecticide Cruiser, manufacturĂ© par Syngenta (depuis rachetĂ©e par ChemChina) et utilisĂ© dans les champs de colza, est dâailleurs dans le viseur du gouvernement français qui annonce en juin sa volontĂ© de lâinterdire, aprĂšs avoir dĂ©jĂ limitĂ© lâusage de lâimidaclopride.
Lorsquâelle a vent de la potentielle conclusion nĂ©gative de lâĂ©valuation en cours, lâindustrie agrochimique fait tout pour que cet avis ne soit pas publiĂ© en lâĂ©tat, et que cela ne constitue pas un prĂ©cĂ©dent pour ses autres pesticides toxiques. Rien ne doit changer, surtout pas le rĂ©cit quâelle colporte et diffuse depuis des annĂ©es : lâĂ©valuation des risques que les pesticides font peser sur les abeilles est bonne et lui convient parfaitement. Elle a dâailleurs activement participĂ© Ă son Ă©laboration8 Ă travers lâimplication de lâICPPR9 dans la confection des protocoles proposĂ©s par lâOEPP (Organisation europĂ©enne et mĂ©diterranĂ©enne pour la protection des plantes).
Mais lâinquiĂ©tude de lâindustrie dĂ©passe en rĂ©alitĂ© la seule question des nĂ©onicotinoĂŻdes. Elle est Ă©galement liĂ©e Ă lâĂ©mergence dâun document qui aurait pu profondĂ©ment changer lâĂ©valuation des effets des pesticides sur les pollinisateurs : lâEFSA Bee Guidance Document 201310. En effet, lâautoritĂ© sanitaire, pour Ă©valuer les effets des trois nĂ©onicotinoĂŻdes sur les pollinisateurs, a utilisĂ© de façon tout Ă fait exceptionnelle une nouvelle mĂ©thodologie, fruit dâun comitĂ© scientifique indĂ©pendant. Certains Ă©lĂ©ments mobilisĂ©s pour cette Ă©valuation se retrouveront dans le nouveau document cadre quâelle publiera en juillet 2013, potentiellement applicable Ă lâensemble des pesticides.
Ăviter que tout ne change : lâempire contre-attaque
Face Ă lâampleur du risque que ce document reprĂ©sente pour son activitĂ©, lâindustrie agrochimique, nommĂ©ment Bayer, Syngenta11 et le lobby qui les reprĂ©sente Ă Bruxelles, lâECPA, opĂšre donc une levĂ©e de boucliers et mĂšne une attaque fĂ©roce rĂ©capitulĂ©e par Corporate Europe dans un article fouillĂ©.
Ayant accĂšs Ă certains rĂ©sultats de lâĂ©valuation en cours des trois substances nĂ©onicotinoĂŻdes, les entreprises interpellent Ă plusieurs reprises la Commission europĂ©enne et lâEFSA Ă travers de multiples courriers et e-mails. Syngenta tente notamment de faire pression sur lâinstitution pour quâelle modifie la formulation du communiquĂ© de presse relayant ses conclusions, aprĂšs avoir eu un accĂšs au brouillon. Bayer et Syngenta financent Ă©galement une Ă©tude commandĂ©e par plusieurs acteurs de lâagro-industrie, dont lâECPA, et censĂ©e souligner les consĂ©quences Ă©conomiques « considĂ©rables » dâune interdiction des nĂ©onicotinoĂŻdes en Europe, entraĂźnant la disparition de « 50 000 emplois » et une perte de « plus de 17 milliards dâeuros ». Un type dâargument mobilisant la peur et utilisĂ© de maniĂšre rĂ©currente par lâindustrie pour Ă©viter toute Ă©volution contraire Ă ses intĂ©rĂȘts12.
MalgrĂ© cet acharnement, lâavis de lâEFSA publiĂ© le 16 janvier 2013 conclut que ces trois substances prĂ©sentent certains risques pour les abeilles. La partie nâĂ©tant pas encore complĂštement perdue, lâagrochimie continue ses attaques pour que lâavis ne soit pas suivi dâeffets rĂ©glementaires. Bayer commande par exemple sa propre Ă©valuation, fruit dâun « panel indĂ©pendant de scientifiques spĂ©cialistes des abeilles », en fait rĂ©alisĂ©e par lâentreprise Exponent, dĂ©signĂ©e par Corporate Europe comme spĂ©cialiste de « la dĂ©fense des produits contre la rĂ©gulation ». Dans le mĂȘme temps, Syngenta demande accĂšs Ă des documents internes et menace lâEFSA de poursuites judiciaires.
Publiquement, lâECPA dĂ©nonce cette dĂ©cision le jour mĂȘme dans un communiquĂ© et en profite pour attaquer la nouvelle mĂ©thodologie utilisĂ©e par lâEFSA. Son directeur gĂ©nĂ©ral Ă lâĂ©poque, le prĂ©citĂ© Friedhelm Schmider, dĂ©clare ainsi que « lâEFSA a reconnu un niveau important dâincertitude dans son Ă©valuation parce que les processus dâĂ©valuation des risques pour les abeilles sont encore en dĂ©veloppement ». Niant lâimpact dĂ©lĂ©tĂšre des nĂ©onicotinoĂŻdes sur les abeilles, il invite par ailleurs à « se concentrer sur les principales menaces pour la santĂ© des abeilles, comme le Varroa, les maladies et la perte dâhabitat et de ressources florales », dĂ©tournant lâattention sur dâautres causes que les pesticides et ces substances en particulier.
7La clothianidine et lâimidaclopride ont Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©es par Bayer, la thiamĂ©thoxame par Syngenta.8StĂ©phane Foucart, Le Monde, 2012 â La faillite de lâĂ©valuation des pesticides sur les abeilles
Lien
9La Commission Internationale pour les Relations entre Plantes et Pollinisateurs (alors lâICPBR), entretient en effet des liens financiers avec plusieurs entreprises agrochimiques.
Le Monde - juillet 2012
10Ce document central dans cette histoire sera dĂ©crit plus en dĂ©tails dans le prochain volet de cette enquĂȘte. Son titre complet en français : Document guide de lâEFSA sur lâĂ©valuation des risques des produits de protection des plantes sur les abeilles (Apis mellifera, Bombus spp. et abeilles solitaires)
Consulter le document
11Syngenta, sociĂ©tĂ© suisse allemande rachetĂ©e en 2017 par ChemChina est une des principales multinationales de lâagrochimie. Le quatuor formĂ© par Syngenta Group, Bayer, Corteva et BASF possĂ©dait en 2018 70 % du marchĂ© mondial des pesticides, et 57 % du marchĂ© des semences, en hausse considĂ©rable par rapport aux annĂ©es 90.
Fondation Heinrich Böll, 2023, l'Atlas des pesticides.
12Lire, entre autres, cet article
Huffington Post, fĂ©vrier 2023 : Le lobby des pesticides accusĂ© de « chantage Ă lâemploi mensonger » par quatre ONG
Communiqué de presse de l'ECPA contre le Bee Guidance Document
« Concentrons-nous sur les dangers majeurs pour les abeilles ». Pour lâECPA qui publie ce communiquĂ© de presse le 16 janvier 2013, cela nâinclut Ă©videmment pas les pesticides.
MalgrĂ© ces attaques, lâEFSA ne modifie pas son avis et la Commission prend dĂšs le mois de mai 2013 des mesures pour limiter lâusage de la clothianidine, le thiamĂ©thoxame et lâimidaclopride, une dĂ©cision qui sera par la suite attaquĂ©e en justice par Bayer et Syngenta, qui se verront dĂ©boutĂ©s13. Si elle perd cette bataille, lâagrochimie aura tout de mĂȘme rĂ©ussi Ă Ă©crire un scĂ©nario dans lequel son avis doit ĂȘtre considĂ©rĂ© sur les sujets liĂ©s aux pollinisateurs et Ă lâĂ©valuation des risques des pesticides sur les abeilles.
Quelques mois plus tard, en juillet 2013, lâautoritĂ© sanitaire continue sur sa lancĂ©e et publie son EFSA Bee Guidance Document 2013, proposant dâappliquer plus largement la mĂ©thodologie dont elle vient de prouver lâefficacitĂ© en confirmant la toxicitĂ© des nĂ©onicotinoĂŻdes pour les abeilles. Ce document cadre, proposant un ensemble de procĂ©dĂ©s dâĂ©valuation, intĂ©grant des rĂ©sultats de la science indĂ©pendante et qui a servi Ă limiter lâusage de ces trois nĂ©onicotinoĂŻdes tueurs dâabeilles, ne sera pourtant jamais appliquĂ©. Les documents rĂ©cupĂ©rĂ©s par POLLINIS et analysĂ©s dans les deux prochains volets de cette enquĂȘte rĂ©vĂšlent que lâagrochimie a en effet trouvĂ© des interlocuteurs plus sensibles Ă ses arguments : certains reprĂ©sentants des Ătats membres de lâUnion europĂ©enne rĂ©unis au sein dâun comitĂ© technique opaque, le SCoPAFFâŠ
13
Communiqué de presse du Tribunal de l'Union Européenne
Le SCoPAFF est un comitĂ© europĂ©en aux pouvoirs surdimensionnĂ©s. Dans le secret, les reprĂ©sentants des Ătats membres de lâUnion europĂ©enne prennent des dĂ©cisions sur tout ce qui a trait Ă lâagriculture et lâalimentation.
Pour que ces choix ne se fassent pas au profit de lâindustrie et au dĂ©triment de la biodiversitĂ©, le SCoPAFF doit ĂȘtre rendu transparent.
Comme plus de 60 000 citoyens, signez la pĂ©tition de POLLINIS pour demander Ă libĂ©rer le SCoPAFF de lâemprise des lobbys, en rendant libre lâaccĂšs aux informations sur les membres du comitĂ©, leurs votes, les documents et comptes-rendus dĂ©taillĂ©s des rĂ©unions.
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Un comitĂ© europĂ©en complice de lâindustrie des pesticides
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Le SCoPAFF et lâagrochimie contre les abeilles : histoire dâun scandale europĂ©en
Chapitre 1 (2011 - 2013)
Lâagrochimie contre les abeilles
Des nĂ©onicotinoĂŻdes Ă lâĂ©valuation des risques des pesticides sur les abeilles : l'histoire d'une rĂ©cidive de l'industrie agrochimique europĂ©enne.
En Europe en 2011, alors que commence notre histoire, les colonies dâabeilles Ă miel subissent depuis quinze ans des phĂ©nomĂšnes dâeffondrements dramatiques. Sous les projecteurs de lâUnion europĂ©enne, une classe dâinsecticides particuliĂšrement toxiques pour les pollinisateurs : les substances nĂ©onicotinoĂŻdes, dont plusieurs font dĂ©jĂ lâobjet de restrictions en France.
Les molĂ©cules de cette classe de pesticides deviennent un enjeu public majeur, quand un projet de nouveaux « tests abeilles » Ă©merge. PortĂ©s par lâEFSA, lâautoritĂ© sanitaire europĂ©enne, il sâagit de nouveaux protocoles dâĂ©valuation des risques des pesticides, qui ont justement permis de dĂ©montrer la toxicitĂ© de plusieurs nĂ©onicotinoĂŻdes et qui doivent ĂȘtre appliquĂ©s plus largement afin de mieux Ă©valuer les effets de chaque substance active, dans chaque pesticide, sur les abeilles mellifĂšres, les bourdons et les abeilles sauvages. Lâenjeu : pouvoir interdire les produits qui participent Ă lâeffondrement des pollinisateurs.
Pour ce faire, les nouveaux « tests abeilles » devront dâabord ĂȘtre validĂ©s par des laboratoires indĂ©pendants des fournisseurset fabriquants de pesticides nocifs pour les pollinisateurs
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ONG indépendante qui milite pour la protection des abeilles domestiques et sauvages, et pour une agriculture qui respecte tous les pollinisateurs
Le SCoPAFF et lâagrochimie contre les abeilles : histoire dâun scandale europĂ©en
Chapitre 2 (2013-2016)
Un comitĂ© europĂ©en complice de lâindustrie des pesticides
Quand le SCoPAFF fait bloc avec lâagrochimie contre la protection des pollinisateurs.
Pourquoi lâEurope a-t-elle jusquâĂ prĂ©sent refusĂ© dâĂ©valuer correctement les effets dĂ©lĂ©tĂšres des pesticides sur les abeilles ? POLLINIS a trouvĂ© des pistes dâexplication dans les 78 documents cachĂ©s de la Commission europĂ©enne, obtenus grĂące Ă un travail acharnĂ© et une bataille judiciaire toujours en cours devant la Cour de Justice de lâUnion europĂ©enne. LâONG les a analysĂ©s en les croisant avec des documents Ă©manant de lâindustrie, collectĂ©s dans le cadre de cette enquĂȘte.
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En ce dĂ©but dâĂ©tĂ© 2013, un vent porteur dâespoir souffle sur la biodiversitĂ© dâEurope. Alors que les populations dâabeilles continuent de sâeffondrer, lâautoritĂ© sanitaire europĂ©enne (EFSA) vient de proposer, dans un document dâorientation, de nouveaux protocoles de tests mis au point par un panel dâexperts indĂ©pendants pour Ă©valuer efficacement les effets des pesticides sur les abeilles Ă miel (Apis mellifera), les bourdons (Bombus spp.) et les abeilles solitaires.
RĂ©sultat dâune mission confiĂ©e par la Commission europĂ©enne, ce document guide â lâEFSA Bee Guidance Document 20131, en anglais â et les nouveaux « tests abeilles » quâil propose, pourraient constituer une avancĂ©e majeure pour la protection des pollinisateurs et de la biodiversitĂ© qui en dĂ©pend, en permettant dâinterdire la mise sur le marchĂ© des substances actives dont la toxicitĂ© aura Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©e.
LâEFSA Bee Guidance Document et les nĂ©onicotinoĂŻdes
AprĂšs deux dĂ©cennies de mobilisation des apiculteurs et des ONG contre les nĂ©onicotinoĂŻdes, une classe dâinsecticides systĂ©miques particuliĂšrement toxiques pour les abeilles, lâEFSA publie en janvier 2013 un avis sur la toxicitĂ© de trois de ces substances : la clothianidine, lâimidaclopride, et le thiamĂ©thoxame. Elle conclut Ă des risques consĂ©quents pour les abeilles aprĂšs les avoir testĂ©es Ă lâaide des nouveaux « tests abeilles » qui seront prĂ©sentĂ©s, quelques mois plus tard, dans son Bee Guidance Document.
GrĂące Ă cet ensemble de tests dĂ©montrant la toxicitĂ© des nĂ©onicotinoĂŻdes, plusieurs niveaux dâinterdiction entreront en vigueur : lâefficacitĂ© de ces protocoles entraĂźnera alors une contre-offensive de lâagrochimie pour tenter dâempĂȘcher leur mise en place.
Pour en savoir davantage, lisez le premier volet de lâenquĂȘte.
Un rĂ©el progrĂšs par rapport aux protocoles de tests utilisĂ©s jusque-lĂ , qui mesurent surtout la toxicitĂ© aiguĂ« des pesticides sur les abeilles Ă miel (Apis mellifera), câest-Ă -dire les effets provoquĂ©s par leur exposition sur une courte pĂ©riode Ă une dose importante. ProblĂšme, les pesticides contemporains agissent selon des modes dâaction divers, et peuvent avoir des effets qui ne sont pas directement mortels mais qui peuvent ĂȘtre dĂ©lĂ©tĂšres, entraĂźnant par exemple la dĂ©sorientation des butineuses ou rĂ©duisant leurs capacitĂ©s de reproduction.
Il existe par ailleurs plus de deux mille espĂšces dâabeilles sauvages en Europe, souvent solitaires et plus fragiles que les abeilles Ă miel vivant en colonies, quâaucune institution nâavait songĂ© Ă inclure dans la mesure des effets des pesticides, bien quâelles soient tout autant exposĂ©es Ă ces substances toxiques que leurs cousines domestiquĂ©es.
Pour pallier ces lacunes importantes, lâEFSA suggĂšre donc dans le Bee Guidance Document 2013 :
de fixer des objectifs de protection ambitieux en fixant un taux de mortalité à ne pas dépasser ;
de prendre en compte les effets chroniques2 ou certains effets sublétaux3 tuant les abeilles exposées à trÚs petites doses non létales sur le temps long ;
de prendre en compte de nouvelles voies dâexposition4 des abeilles aux pesticides ;
et dâĂ©largir lâĂ©valuation de la toxicitĂ© des pesticides aux bourdons et aux abeilles solitaires.
Ces nouveaux protocoles permettraient de renforcer significativement lâĂ©valuation de la toxicitĂ© des pesticides et, ainsi, de pouvoir interdire la mise sur le marchĂ© des substances actives les plus dangereuses pour les abeilles Ă miel, les bourdons et les abeilles solitaires. Ce potentiel progrĂšs pour la protection de la biodiversitĂ© nâest Ă©videmment pas dans lâintĂ©rĂȘt des marchands de pesticides, dont les recettes seraient directement menacĂ©es par lâadoption de ces nouveaux tests.
Un avenir moins toxique pour les abeilles ? Lâagrochimie contre-attaque.
RĂ©alisant la menace, la European Crop Protection Association (ECPA)5 â le lobby europĂ©en de lâagrochimie, aujourdâhui rebaptisĂ© CropLife â va farouchement sâopposer Ă la publication puis Ă lâadoption du document-guide de lâEFSA. Le ton est donnĂ© dĂšs les premiĂšres consultations publiques organisĂ©es par lâautoritĂ© sanitaire en octobre et novembre 2012, puis en fĂ©vrier et mars 2013, comme le prĂ©voit la lĂ©gislation europĂ©enne. Câest lâECPA qui, parmi une soixantaine dâorganisations participantes, envoie le plus de commentaires.
1European Food Safety Authority, 2013. EFSA Guidance Document on the risk assessment of plant protection products on bees (Apis mellifera, Bombus spp. and solitary bees). EFSA Journal 2013; 11(7):3295, 268 pp.
Consulter le document guide
2Les effets chroniques sont Ă©valuĂ©s en exposant les abeilles aux substances sur une durĂ©e plus longue3Les effets sublĂ©taux nâentraĂźnent pas directement la mort, mais peuvent impacter la survie de la colonie, en affectant par exemple le sens de lâorientation des abeilles.4Le nouveau document inclut par exemple lâĂ©valuation de lâexposition des abeilles aux pesticides par la consommation dâeau.5Ce lobby reprĂ©sente les principales entreprises de lâagrochimie devant les dĂ©cideurs et les institutions de lâUnion europĂ©enne (dont Bayer-Monsanto, Syngenta-ChemChina, BASF et Corteva).
Extraits des arguments de l'ECPA contre l'EFSA Bee Guidance Document
LâECPA a soumis 79 puis 16 commentaires, regroupant ses arguments clĂ©s. La soixantaine dâorganisations ayant participĂ© ont une moyenne de 15 commentaires. Des entreprises de lâagrochimie ont Ă©galement participĂ© en leur nom Ă cette consultation. Plus on est de fous, plus on sĂ©vit ?
Dans les commentaires de lâECPA se retrouvent les principaux arguments qui seront poussĂ©s par lâindustrie tout au long des nĂ©gociations secrĂštes, et repris par certains Ătats membres de lâUnion europĂ©enne. Pour faciliter leur lisibilitĂ© tout au long de lâenquĂȘte, ces arguments seront passĂ©s en gras :
LâEFSA propose de fixer lâobjectif spĂ©cifique de protection6 des abeilles mellifĂšres Ă 7 %. Traduction : pour pouvoir ĂȘtre autorisĂ©e, une substance pesticide ne doit pas entraĂźner la mort de plus de 7 % des abeilles dâune colonie qui y aurait Ă©tĂ© exposĂ©e (soit 2 points de plus que le taux de mortalitĂ© naturelle fixĂ© Ă 5 % Ă partir dâĂ©tudes rĂ©alisĂ©es avant lâutilisation des nĂ©onicotinoĂŻdes).
> Lâindustrie refuse cet objectif de protection trop contraignant, considĂ©rant que sa « pertinence biologique » est « discutable »7. Quâimporte si, comme le prĂ©cise lâautoritĂ© sanitaire, ce chiffre a Ă©tĂ© validĂ© prĂ©alablement par la majoritĂ© des Ătats membres de lâUnion europĂ©enne.
Pour faire respecter ce maximum de 7 % de mortalitĂ©, lâEFSA a Ă©tabli une valeur seuil de toxicitĂ© chronique qui ne doit pas ĂȘtre dĂ©passĂ©e. Traduction : la valeur seuil â calculĂ©e Ă partir dâune formule Ă trois facteurs â doit assurer que, lorsquâun Ă©chantillon est exposĂ©e pendant 10 jours consĂ©cutifs Ă une substance pesticide, cela nâentraine pas la mort de plus de 7 % des abeilles qui le composent.
> Lâindustrie juge cette valeur seuil « trop conservatrice ». Autrement dit, elle protĂ©gerait trop les abeilles, dont les bourdons, et pas assez les intĂ©rĂȘts Ă©conomiques des multinationales de lâagrochimie. Selon le lobby de lâagrochimie, 95 % des substances actives ne valideraient pas le premier palier dâĂ©valuation en laboratoire et devraient donc ĂȘtre Ă©valuĂ©es aux paliers suivants8, ce que lâindustrie juge inacceptable. Le lobby se fonde sur une « Ă©tude dâimpact » rĂ©alisĂ©e par ses soins et dont dont il ne donnera pas les rĂ©fĂ©rences avant 2017.
Dans sa volontĂ© de mieux protĂ©ger les abeilles au plus vite, lâEFSA propose dâutiliser des tests Ă©laborĂ©s par ses soins sur la base des protocoles en cours de validation par lâOrganisation de coopĂ©ration et de dĂ©veloppement Ă©conomiques (OCDE). Traduction : les populations dâabeilles et de bourdons sâeffondrent, et il ne faut pas attendre que les nouveaux protocoles de tests suivent le schĂ©ma classique de validation par les instances internationales, comme lâOCDE ou lâOEPP9, ce qui prendrait des annĂ©es â voire des dĂ©cennies.
> Lâindustrie juge « irrĂ©alistes » les recommandations de lâautoritĂ© sanitaire et remet en cause la validitĂ© des protocoles proposĂ©s10. Elle nâa absolument pas intĂ©rĂȘt Ă ce que des mĂ©thodes mises au point par des laboratoires indĂ©pendants soient acceptĂ©es, car jusquâici elle dĂ©termine elle-mĂȘme la plupart des protocoles de tests utilisĂ©s pour lâĂ©valuation des ses produits.
« Le nouveau document met en place des objectifs irrĂ©alistes pendant que lâindustrie recherche des solutions pour protĂ©ger les pollinisateurs »
â dĂ©clare lâECPA, en rĂ©action (immĂ©diate) Ă la publication de lâEFSA Bee Guidance Document.
En juillet 2013, quand lâautoritĂ© de sĂ©curitĂ© des aliments publie son Bee Guidance Document, les lobbys sont sur le pied de guerre, et leur stratĂ©gie est bien arrĂȘtĂ©e. LâECPA dĂ©gaine aussitĂŽt un communiquĂ© de presse sobrement intitulĂ© : « SantĂ© des abeilles : le guide de lâEFSA potentiellement contre-productif â le nouveau document pose des attentes irrĂ©alistes alors que lâindustrie recherche des solutions pour protĂ©ger les pollinisateurs ». Poursuivant la stratĂ©gie fixĂ©e pour rĂ©pondre au scandale des nĂ©onicotinoĂŻdes, les industriels de lâagrochimie veulent se prĂ©senter comme des acteurs de bonne volontĂ©, soucieux de proposer leurs solutions Ă lâeffondrement des colonies dâabeilles, plus efficaces que les propositions de lâautoritĂ© sanitaire europĂ©enne. LâECPA ira mĂȘme jusquâĂ qualifier le document de lâEFSA dâobstacle Ă la protection des abeilles dans une tentative dĂ©complexĂ©e dâinversion des rĂŽles.
Le lobby des agrochimistes qualifie ainsi le Bee Guidance Document de « schĂ©ma disproportionnĂ© » et espĂšre, face aux errances de lâautoritĂ© sanitaire europĂ©enne et de la Commission europĂ©enne, obtenir le soutien des Ătats membres de lâUnion europĂ©enne pour la suite des nĂ©gociations : « Quand il sâagit de protĂ©ger la santĂ© des abeilles et la productivitĂ© agricole, nous ne sommes pas seuls Ă espĂ©rer que les autoritĂ©s des pays membres reconnaissent les lacunes de ce document, fastidieux et potentiellement contreproductif ». Un appel Ă lâaide qui ne restera, hĂ©las, pas lettre morte.
6Câest en anglais que cette formule se retrouve dans les documents : « Specific Protection Goal » (Ă©galement sous sa forme abrĂ©viĂ©e « SPG »)7« It is questionable in how far a 7% reduction of colony size is biologically significant at all. »
Outcome of the First Round of Public Consultation on the draft Guidance Document on the Risk Assessment of Plant Protection Products on Bees (Apis mellifera, Bombus spp. and Solitary Bees), p.50
8« Chronic dietary risk assessments for adult bees indicated that 95% of all uses and substances would not pass the tier I risk assessment »
Outcome of the First Round of Public Consultation on the draft Guidance Document on the Risk Assessment of Plant Protection Products on Bees (Apis mellifera, Bombus spp. and Solitary Bees), p.26
9Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes.10« ⊠testing under the proposed schemes/requirements will be logistically extremely challenging if not impossible and lead to considerable delays in approvals. »
Outcome of the First Round of Public Consultation on the draft Guidance Document on the Risk Assessment of Plant Protection Products on Bees (Apis mellifera, Bombus spp. and Solitary Bees), p.26
DĂ©fendre les abeilles et lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral : la position que POLLINIS a tenue pour dĂ©fendre lâEFSA Bee Guidance 2013
(1/4) Un objectif spécifique de protection des abeilles mellifÚres de 7 % est adapté à la protection des colonies :
Cet « objectif spĂ©cifique de protection » a Ă©tĂ© calculĂ© par lâEFSA en se basant sur le taux de mortalitĂ© naturelle des essaims, Ă partir de plusieurs Ă©tudes reconnues, prĂ©cĂ©dant lâutilisation des nĂ©onicotinoĂŻdes. Lâune de ces Ă©tudes a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e dans le cadre dâun jardin urbain non traitĂ©. LâautoritĂ© sanitaire a retenu le taux le plus bas par prĂ©caution, câest-Ă -dire 5 % maximum de mortalitĂ©, auquel elle a ajoutĂ© une mortalitĂ© additionnelle causĂ©e par les pesticides, mais ne menaçant pas la survie de la colonie, dĂ©terminĂ©e par les chercheurs Ă 2 %. Cet objectif permet dâassurer une survie des essaims, mĂȘme ceux dont la taille est limitĂ©e, et dâĂ©viter de trop affaiblir les colonies qui, si leur population est trop rĂ©duite, seront plus exposĂ©es aux agressions extĂ©rieures et aux pathogĂšnes.
Pour plus dâinformation, lire cet article.
DĂ©fendre les abeilles et lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral : la position que POLLINIS a tenue pour dĂ©fendre lâEFSA Bee Guidance 2013
(2/4) Les valeurs seuils de lâEFSA Bee Guidance document 2013 sont valables et protectrices
La mĂ©thodologie employĂ©e par lâEFSA dans ce document afin dâĂ©tablir les valeurs seuils pour la toxicitĂ© chronique est correcte et justifiĂ©e, car elle assure que les objectifs de protection sont respectĂ©s.
DĂ©fendre les abeilles et lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral : la position que POLLINIS a tenue pour dĂ©fendre lâEFSA Bee Guidance 2013
(3/4) Que les essais en plein champ soient compliquĂ©s Ă rĂ©aliser ne justifie pas quâon revoit les objectifs de protection Ă la baisse.
La possibilitĂ© quâun nombre significatif de substances ne passeraient pas les premiers tests (ce qui nâa pas Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©), entraĂźnant un travail supplĂ©mentaire et des difficultĂ©s techniques aux Ă©tapes 2 et 3, ne justifie pas quâils soient rĂ©visĂ©s pour ĂȘtre moins protecteurs. Les objectifs de protection et les valeurs seuils du document sont justes et ont Ă©tĂ© dĂ©terminĂ©s pour protĂ©ger au mieux les pollinisateurs. Les difficultĂ©s quâils pourraient entraĂźner doivent ĂȘtre acceptĂ©es et rĂ©solues sur le plan technique.
DĂ©fendre les abeilles et lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral : la position que POLLINIS a tenue pour dĂ©fendre lâEFSA Bee Guidance 2013
(4/4) La science acadĂ©mique propose des protocoles Ă©prouvĂ©s et efficaces. Ils peuvent ĂȘtre utilisĂ©s.
Rien nâempĂȘche lâEFSA de proposer des protocoles sur la base des connaissances scientifiques actuelles, aucun rĂšglement ne lâentrave sur ce point. Au contraire, la rĂ©glementation europĂ©enne exige des autoritĂ©s compĂ©tentes quâelles sâappuient sur les connaissances scientifiques les plus rĂ©centes, peu importe la source.
MalgrĂ© cette premiĂšre offensive des firmes agrochimiques, la Commission europĂ©enne choisit de soumettre en vue de son adoption, comme câest la rĂšgle, lâEFSA Bee Guidance Document 2013 Ă lâavis des Etats membres reprĂ©sentĂ©s par des personnes rĂ©unies au sein du SCoPAFF, le ComitĂ© permanent des vĂ©gĂ©taux, des animaux, des denrĂ©es alimentaires et de lâalimentation animale.
â Quâest-ce que le SCoPAFF ? En lire plus â
Le Bee Guidance Document vient dâentrer dans un « trou noir dĂ©cisionnel » de lâUnion europĂ©enne. Il sera prĂ©sentĂ© une trentaine de fois en lâespace de six ans aux membres du SCoPAFF, sans jamais ĂȘtre adoptĂ©. Pourquoi ? MystĂšre⊠Bien quâil joue un rĂŽle central dans la gestion des pesticides, et de tout ce qui a trait Ă lâagriculture en Europe, le SCoPAFF est complĂštement opaque. Personne nâest censĂ© connaĂźtre lâidentitĂ© de ses membres et il est impossible pour les citoyens europĂ©ens de connaĂźtre le dĂ©tail des nĂ©gociations qui sây tiennent, ni les positions dĂ©fendues par les reprĂ©sentants des diffĂ©rents pays composant le comitĂ©. Ou, du moins⊠presque impossible.
GrĂące Ă une longue sĂ©rie dâactions et au soutien de plus de 130 000 citoyennes et citoyens apportĂ© au recours juridique de lâONG devant le tribunal de lâUnion europĂ©enne, POLLINIS a en effet rĂ©ussi Ă obtenir 78 documents11 jusquâalors gardĂ©s secrets et divulguant les positions de plusieurs Etats membres. Un ensemble dâemails, de notes et de comptes-rendus, qui rĂ©vĂšlent que plusieurs experts du SCoPAFF se sont systĂ©matiquement opposĂ©s Ă lâadoption des nouveaux protocoles de tests proposĂ©s par lâEFSA pour protĂ©ger les abeilles, en reprenant les arguments de lâagrochimie.
Consultez lâensemble des documents obtenus par POLLINIS
11POLLINIS rend disponible lâensemble des documents obtenus, classĂ©s chronologiquement.
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Le SCoPAFF Ă la rescousse de lâagrochimie : ce que disent les documents secrets obtenus par POLLINIS
En septembre 2013, le SCoPAFF se rĂ©unit pour la premiĂšre fois pour discuter de lâEFSA Bee Guidance Document. Alors que les nĂ©gociations commencent Ă peine, lâECPA envoie directement ses positions â dĂ©taillĂ©es prĂ©cĂ©demment â aux membres du SCoPAFF dans un email du 18 septembre. Lâaccueil que rĂ©servent les reprĂ©sentants des Ătats membres aux nouveaux protocoles de test est mitigĂ©, avant de devenir glacial. Câest ce que montre le contenu des Ă©changes obtenus par POLLINIS.
Plusieurs pays sây opposent fermement, comme lâItalie, les Pays-Bas, la Slovaquie, la Hongrie, le Royaume-Uni ou la Lettonie12. Certains de leurs arguments sont dĂ©jĂ parfaitement alignĂ©s avec les positions de lâindustrie. Ă commencer par lâobjectif spĂ©cifique de protection des colonies dâabeilles mellifĂšres, qui avait pourtant Ă©tĂ© dĂ©terminĂ© par lâEFSA sur la base dâĂ©tudes indĂ©pendantes et validĂ© par les experts du comitĂ©13, au moment oĂč lâautoritĂ© sanitaire Ă©laborait les bases de son document-guide.
Le reprĂ©sentant du ministĂšre de lâAgriculture slovaque14, dans un e-mail du 19 septembre 2013, refuse par exemple que lâobjectif de mortalitĂ© maximum des colonies dâabeilles soit fixĂ© Ă 7 % et demande quâil soit remontĂ© Ă 10 %, un chiffre « plus rĂ©aliste ». Le reprĂ©sentant de lâautoritĂ© sanitaire du Royaume-Uni15, dĂ©clare quant Ă lui trois mois plus tard, que lâobjectif proposĂ© serait « extrĂȘmement difficile Ă mesurer », et que les membres du SCoPAFF « pourraient devoir [le] reconsidĂ©rer ».
12
Les documents sont consultables ici
13
EFSA Guidance Document on the risk assessment of plant protection products on bees (Apis mellifera, Bombus spp. and solitary bees)(p12)
14
Document 44-2083
15
Document 38-2083
Mail de la slovaquie 2013 commentaires sur l'EFSA BGD
« Lâobjectif dâĂ©viter une rĂ©duction de 7 % de la taille de la colonie (comme perte signifiante biologiquement) â en tant que la force de la colonie dĂ©pend de lâinfluence de plusieurs facteurs, nous proposons de fixer une rĂ©duction de 10 %, comme valeur plus rĂ©aliste. ». Email du reprĂ©sentant de la Slovaquie du 19 septembre cherchant Ă modifier lâobjectif de protection.
Comme lâindustrie, les reprĂ©sentants de plusieurs pays dĂ©noncent Ă©galement le fait que certaines mĂ©thodes proposĂ©es par lâEFSA ne sont pas (encore) reconnues par les instances internationales (OEPP, OCDEâŠ), ce qui nâest pourtant pas une obligation rĂšglementaire, mais une norme imposĂ©e petit Ă petit par les industriels dĂ©sireux de centraliser les tests rĂ©alisĂ©s pour valider leurs produits au niveau mondial. Rappelez-vous : en lâabsence de protocoles de tests validĂ©s par ces organisations, et dans lâobjectif de mieux protĂ©ger les abeilles, lâEFSA a en effet choisi de nouvelles mĂ©thodes, dĂ©jĂ Ă©prouvĂ©es, pour Ă©valuer les effets clĂ©s des pesticides (chronique, larves, etc.).
Si le reprĂ©sentant du ministĂšre de lâAgriculture espagnol16, dans un email du 17 septembre 2013, indique que le manque de protocoles de tests « standardisĂ©s et validĂ©s » rend lâĂ©valuation difficile, le reprĂ©sentant de la Hongrie17, plus assertif, proclame dans un bref document du 19 septembre que lâusage de tests « non acceptĂ©s internationalement » rendra le processus de rĂ©gulation « inefficace », et que les experts verront leur charge de travail augmenter. Les Pays-Bas usent Ă©galement de cet argument, ajoutant que le document contiendrait selon eux un nombre significatif de « lacunes », un mot utilisĂ© par lâECPA dans son communiquĂ© de presse quelques semaines auparavant.
Quelques pays ont des positions plus nuancĂ©es et critiquent les protocoles tout en proposant des Ă©volutions constructives, comme la GrĂšce le 19 septembre 201318, ou la Finlande le 1er octobre19, qui suggĂšrent la mise en place dâoutils simplifiant lâutilisation du document-guide quâelles jugent respectivement « trop Ă©laborĂ© » ou « trop compliquĂ© » . Ainsi, aucune position de soutien franc au document de lâEFSA nâĂ©merge et la dynamique gĂ©nĂ©rale est au blocage.
16
Document 59-2083
17
Document 58-2083
18
Document 42-2083
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Document 41-2083
Mail de la Hongrie 2013 commentaires sur l'EFSA BGD
« Lâutilisation de protocoles de tests non-acceptĂ©s internationalement et la hausse attendue de la demande pour les tests des paliers supĂ©rieurs rendront le processus rĂ©gulatoire plus difficile et inefficace. »
â Email du reprĂ©sentant de la Hongrie du 19 septembre 2013, critiquant lâutilisation de mĂ©thodes validĂ©es par la science indĂ©pendante mais pas par les instances internationales.
Mail des pays bas du 20 septembre 2013 commentaires sur l'EFSA BGD
« ⊠les Pays-Bas concluent que lâĂ©valuation des risques, basĂ©e sur le nouveau guide, prendra plus de temps et sera plus coĂ»teuse que celle basĂ©e sur le guide prĂ©cĂ©dent, affectant ainsi la disponibilitĂ© des [Produits de Protections des Plantes] »
â Email du reprĂ©sentant des Pays-Bas du 20 septembre 2013, insistant sur le coĂ»t des nouveaux protocoles de tests.
Mail du royaume uni 2013 décembre 2013
« Il est possible, cependant, que nous soyons obligés de reconsidérer cet objectif de protection particulier »
â Email du reprĂ©sentant du Royaume-Uni du 5 dĂ©cembre 2013, Ă©voquant notamment « le problĂšme le plus important » selon lui : lâobjectif spĂ©cifique de protection de 7 %.
La Commission tend la main, le SCoPAFF et lâagrochimie lui tordent le bras
Face Ă cet accueil pour le moins mitigĂ©, la Commission sâajuste et propose un compromis Ă la suite de plusieurs rĂ©unions de travail avec des experts du risque, reprĂ©sentants les Ătats membres de lâUnion europĂ©enne. Elle demande Ă lâEFSA de retravailler sa proposition pour la rendre plus « facile Ă utiliser » et, en avril 2014, elle met sur la table un nouveau plan de mise en place des protocoles de tests pour lâadoption progressive du document-guide. PensĂ© en trois Ă©tapes Ă court, moyen et long termes, ce plan a Ă©tĂ© Ă©laborĂ© avec le concours de lâEFSA et dâautoritĂ©s compĂ©tentes des pays membres de lâUnion europĂ©enne.
Décelé par POLLINIS dans un courriel envoyé par la Pologne à la Commission européenne le 28 avril 201420, le plan propose :
Une premiĂšre Ă©tape (A) applicable dĂšs janvier 2015, qui mettrait en place les protocoles de tests que la Commission considĂšre comme suffisamment solides et Ă©prouvĂ©s, par exemple, ceux qui permettent lâĂ©valuation de la toxicitĂ© chronique par exposition orale des abeilles mellifĂšres adultes. Certains de ces tests Ă©tant dĂ©jĂ validĂ©s ou en cours de validation par les instances internationales.
Une seconde Ă©tape (B), dĂ©ployable Ă partir de janvier 2017, pour les protocoles de tests que la Commission considĂšre devoir encore ĂȘtre perfectionnĂ©s pendant ces deux annĂ©es.
Une troisiĂšme Ă©tape (C), Ă mettre en place ultĂ©rieurement, pour tous les protocoles de tests qui demanderaient, selon la Commission, plus de deux annĂ©es avant de pouvoir ĂȘtre validĂ©es.
Bien que la majoritĂ© des reprĂ©sentants des Ătats membres se disent sĂ©duits par lâidĂ©e dâune approche par Ă©tapes, le SCoPAFF sâoppose maintenant autant Ă la nature des protocoles de ces nouveaux tests quâĂ leur calendrier de mise en Ćuvre.
Les Ă©changes entre les reprĂ©sentants de lâItalie et ceux du Royaume-Unis tĂ©moignent notamment de cette Ă©volution : dans un courriel du 14 avril 201421, un expert italien travaillant pour une institution publique de recherche agricole se rĂ©jouit par exemple du fait que la phase A prĂ©voit lâapplication dâun test Ă©valuant la toxicitĂ© aiguĂ« des pesticides par contact direct pour les abeilles solitaires. Il soutient Ă©galement lâidĂ©e quâon peut trĂšs bien appliquer les tests en laboratoire, sâils sont disponibles et validĂ©s, sans attendre que tous les tests des paliers deux et trois, câest-Ă -dire les tests sous tunnel et les tests en plein champ, soient eux aussi disponibles.
Le reprĂ©sentant du Royaume-Uni sâoppose dĂšs le lendemain Ă cette idĂ©e22. Il souligne quâun test de laboratoire, mĂȘme sâil est au point et validĂ© ne devrait pas ĂȘtre utilisĂ© si les protocoles de tests en plein champ ne sont pas validĂ©s auparavant par les instances internationales. Pour quelle raison ? MystĂšre. Le jour suivant, lâAutriche23 se range du cĂŽtĂ© de lâItalie, et la discussion est bloquĂ©e au point mort.
Deux mois plus tard, les nĂ©gociations nâont toujours pas avancĂ© et les dĂ©saccords continuent. Lâexpert reprĂ©sentant le Portugal, dans un document du 5 juin 201424, affiche son opposition Ă la mise en place dâĂ©chĂ©ances du Bee guidance document et appelle de ses vĆux une « approche pragmatique », sans Ă©chĂ©ance fixe, qui laisserait le temps de renforcer les protocoles et dâobtenir des « valeurs seuil plus robustes et rĂ©alistes ». Un autre reprĂ©sentant de lâItalie, dans un courrier officiel du MinistĂšre de la SantĂ©25, appuiera cette position quelques jours plus tard. UtilisĂ© pour rejeter en bloc le nouveau document de lâEFSA et son calendrier de mise en place, cette idĂ©e dâune « approche pragmatique » fait ainsi sa premiĂšre apparition dans les Ă©changes entre membres du SCoPAFF. Elle sâavĂ©rera Ă©galement ĂȘtre un Ă©lĂ©ment de langage clĂ© de la communication de lâindustrie agrochimique, dĂ©voilĂ© dans le prochain volet de cette enquĂȘte.
Les reprĂ©sentants des deux pays feront un autre pas vers lâindustrie en proposant, dans des termes trĂšs proches, lâutilisation dâun outil de modĂ©lisation appelĂ© BEEHAVE. PrĂ©sentĂ© par le Portugal comme un simulateur « supportant une plus grande complexitĂ© dans les dynamiques des abeilles, leur comportement et survie », ce modĂšle censĂ© mesurer virtuellement diffĂ©rents facteurs ayant un impact sur les colonies dâabeilles a Ă©tĂ© cofinancĂ© par⊠Syngenta, depuis rachetĂ©e par Chemchina pour devenir la plus grande multinationale de lâagrochimie, que nous avons vu prĂ©cĂ©demment lutter activement contre les limitations dâusages des nĂ©onicotinoĂŻdes. BEEHAVE sera jugĂ©, en lâĂ©tat, inapte Ă mesurer lâimpact des pesticides sur les ruches par lâEFSA, dans un avis publiĂ© en juin 2015.
La Hongrie, fidĂšle Ă sa position de blocage strict, rappelle dans la mĂȘme pĂ©riode ses « inquiĂ©tudes sur lâobjectif de protection bas de 7 % » et demande que ce chiffre soit revu Ă la hausse. Son email du 10 juin 201426 vient conclure une premiĂšre pĂ©riode dâenviron un an, pendant laquelle les membres du SCoPAFF ont bloquĂ© les propositions de lâEFSA et de la Commission europĂ©enne, reprenant Ă la lettre certains arguments de lâagrochimie.
MalgrĂ© une ultime tentative de lâEFSA pour prendre en compte les critiques des reprĂ©sentants des Etats membres, en publiant une nouvelle version du Bee Guidance Document le 4 juillet 201427, pour « amĂ©liorer sa faisabilitĂ© » et inclure deux nouveaux outils de calcul, les nĂ©gociations patinent. On entre alors dans une phase de marasme : pendant deux ans, seuls deux Ă©changes ont Ă©tĂ© relevĂ©s dans les documents obtenus par POLLINIS.
Cette pĂ©riode de creux va permettre Ă lâagrochimie de reprendre des forces et de consolider ces arguments pour attaquer Ă nouveau le Bee Guidance Document et le mettre Ă terre. Dans le prochain volet de cette enquĂȘte, nous verrons que les Ătats membres reprĂ©sentĂ©s au SCoPAFF ne prendront pas davantage la dĂ©fense du document-guide et lui porteront mĂȘme le coup fatal, satisfaisant ainsi les attentes de lâagrochimie.
20
Document 11-2083
21
Document 5-2083
22
Document 6-2083
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Document 7-2083
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Document 57-2083
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Document 40-2083
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Document 39-2083
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EFSA Guidance Document on the risk assessment of plant protection products on bees (Apis mellifera, Bombus spp. and solitary bees) - p1
Le SCoPAFF est un comitĂ© europĂ©en aux pouvoirs surdimensionnĂ©s. Dans le secret, les reprĂ©sentants des Ătats membres de lâUnion europĂ©enne prennent des dĂ©cisions sur tout ce qui a trait Ă lâagriculture et lâalimentation.
Pour que ces choix ne se fassent pas au profit de lâindustrie et au dĂ©triment de la biodiversitĂ©, le SCoPAFF doit ĂȘtre rendu transparent.
Comme plus de 60 000 citoyens, signez la pĂ©tition de POLLINIS pour demander Ă libĂ©rer le SCoPAFF de lâemprise des lobbys, en rendant libre lâaccĂšs aux informations sur les membres du comitĂ©, leurs votes, les documents et comptes-rendus dĂ©taillĂ©s des rĂ©unions.
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Chapitre 3 (2016-2019)
Le dernier souffle dâun projet de protection des abeilles.[/b
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Danny_C


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